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VIENS VOIR COMMENT VIVENT LES HOMMESL'enfant qui dit non à l'écoleDominique AGNIEL |
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Que faire quand l'école devient une souffrance ? Lire les œuvres complètes de Françoise Dolto et de Marcel Rufo ? Ou trouver sa propre voie ? Axel, treize ans, souffre de « phobie scolaire ». Pendant dix ans, il a fréquenté psys, orthophonistes et thérapeutes. Sans succès. Sa mère décide alors de faire une pause, de le sortir du système scolaire pour aller voir ailleurs comment vivent les hommes. À l'école de Jules Ferry, Dominique Agniel substitue l'appel du grand large. Le voyage devient un apprentissage, une thérapie contre l'échec. À l'âge où les adolescents se replient sur eux-mêmes et se réfugient devant des écrans de télévision ou d'ordinateur, Axel va découvrir le monde, loin des cartes postales : la vie des enfants nomades du Niger, des jeunes Inuit du Grand Nord, des Maoris des îles Marquises. Entre humour et émotion, ce livre retrace le parcours d'une mère désemparée devant son fils réfractaire à toute discipline scolaire. Il pose les questions qui taraudent tout parent : Que laissons-nous à nos enfants ? Que peut-on leur transmettre ? Notre enseignement est-il une machine à broyer ? Viens voir comment vivent les hommes est aussi un récit d'aventures, au bout duquel la mère et le fils finiront par se retrouver. (Exceptionnellement, nous avons substitué à cet entretien en 3 questions une tribune libre à Dominique Agniel) Je suis mère de trois enfants, ancienne prof et je suis en colère parce que dans le débat actuel sur l'école, les parents sont exclus. Leur parole est confisquée par les spécialistes, professeurs d'université ou pédo-psys, toujours les mêmes, qui reviennent à chaque rentrée nous donner des leçons. Mais que connaissent ces éminents mandarins d'une classe de ZEP ? Ont-ils un jour mis les pieds dans une école communale ? Pourquoi parlent-ils à la place des parents et des enseignants ? Pourquoi ces derniers nous poussent-ils systématiquement dans les cabinets des psychologues, orthophonistes et thérapeutes en tout genre dès qu'un enfant ne suit pas à l'école ? Si mes deux aînés ont fait leur scolarité sans problèmes jusqu'au Master et DESS, mon dernier fils a été repéré dès le premier mois du CP comme un enfant en difficulté (il n'avait pas 6 ans). On parle même de « dépistage » de l'échec comme s'il s'agissait d'une maladie ! « Vous devez l'emmener chez le psy », m'a dit la maîtresse. A commencé alors une ronde infernale qui a duré dix ans... J'ai tout fait, tout lu, pour comprendre ce qui n'allait pas. Je suis tombée dans le piège de la course aux consultations de psys surbookés, les salles d'attente remplies de mères désemparées. En dix ans, mon fils a consulté trois psychologues scolaires, trois psychologues, trois orthophonistes, une psychomotricienne, une graphothérapeute, deux pédo-psychiatres et fréquenté un centre médico-psychologique. Jusqu'au jour où, à 12 ans et demi, alors qu'il était en cinquième, un pédo-psy l'a mis sous Ritaline (médicament de la classe des amphétamines) après l'avoir rencontré une seule fois pendant quinze minutes. Va-t-on vers un système à l'Américaine où 20% des enfants prennent des psychotropes ? Je ne suis pas contre les traitements psychiatriques en général et n'ai pas les compétences pour juger de leur opportunité. Ce que je dénonce surtout c'est la « psychiatrisation » systématique et abusive des problèmes scolaires. En ce qui me concerne, j'ai dit « Stop », j'ai fermé tous les livres de spécialistes et me suis réapproprié l'éducation de mon fils. Je l'ai sorti de l'école, inscrit au CNED, et à la fin de l'année, il est passé en quatrième. J'en ai assez qu'on parle d'échec scolaire. Pour un enfant, il y a de bonnes et de mauvaises années, surtout à l'âge délicat de la puberté où l'ado est plus fragile. J'en ai assez de tous ceux qui jugent, classent les enfants, les marquent, pour des années, au fer rouge de l'échec scolaire. Einstein, inadapté à l'école, aurait été considéré lui aussi comme un enfant en échec ! J'en ai assez de ces spécialistes qui, du haut de leur chaire ou de leur cabinet, se permettent de dénigrer les filières professionnelles, parlant de « voies de garage », dont on sait pourtant qu'elles permettent à de nombreux jeunes de retrouver confiance en eux et de se reconnecter avec la réalité de la vie. Ces mêmes spécialistes proclament dans le même temps que le bac ne vaut strictement rien. Allez motiver des enfants après ça ! Je regrette que l'école soit devenue un lieu chargé d'angoisse et non un espace préservé où on découvre la joie d'apprendre, d'être avec les autres. Ne faut-il pas dédramatiser un peu les choses ? Je suis convaincue qu'un enfant équilibré, qui a confiance en lui, trouvera sa voie. Il a le temps ; il a droit à l'échec. Il a le droit de se tromper. Malgré l'immense souffrance que représente pour un jeune et une mère l'inadaptation à l'école, je n'ai jamais rompu le dialogue avec les profs, refusant cette méfiance réciproque qu'on voit trop souvent : les parents ont peur des profs, les profs ont peur des parents et les enfants comptent les points, ou plutôt les perdent... Je n'ai jamais rompu non plus le dialogue avec mon fils, lui tendant la main au milieu de ses difficultés au lieu de lui appuyer sur la tête. Éduquer un être humain est une chose passionnante et enrichissante qui ne dure qu'un temps : 15, 16 ans tout au plus. Profitons de ces années pour comprendre leur monde au lieu de les juger en faisant référence à ce que nous avons connu. Au lieu de les critiquer, écoutons-les. C'est le rôle des parents. Ne nous déchargeons pas sur les associations, les psys et thérapeutes divers. Voir son enfant retrouver l'estime de lui même, l'ouverture vers les autres, la curiosité pour le monde est la seule réussite qui compte.
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