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PETIT TRAITÉ SUR L'IMMENSITÉ DU MONDESylvain TESSONRevue de Presse
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Pour ralentir la fuite du temps, Sylvain Tesson parcourt le monde à pied, à cheval, à vélo ou en canot. Dans les steppes d'Asie centrale, au Tibet, dans les forêts françaises ou à Paris, il marche, chevauche, mais escalade aussi les monuments à mains nues. Pour mieux embrasser la Terre, il passe une nuit au sommet de Notre-Dame de Paris, bivouaque dans un arbre ou sous un pont, recourt aux cabanes. Cet amoureux des reliefs poursuit le merveilleux et l'enchantement. Dans nos sociétés de communication, Sylvain Tesson en appelle à un nouveau nomadisme, à un vagabondage joyeux. Ce Petit traité sur l'immensité du monde est un précis de désobéissance naturaliste, une philosophie de poche buissonnière, un récit romantique contre l'ordre établi. Ce Petit traité est le récit d'un wanderer. Avez-vous une définition personnelle de ce terme qui mêle les notions de vagabond ‑ un peu ermite ‑, de ménestrel ‑ volontiers poète ‑, d'explorateur ‑ parfois casse-cou ! ‑,... ? Vous avez répondu à la question en la posant. Un wanderer, c'est quelqu'un qui est à la croisée des chemins, un peu poète, un peu errant, un peu troubadour. Il est indéfinissable puisque, par nature, si on parvenait à le définir, il cesserait immédiatement d'être un wanderer. On peut néanmoins tenter de faire son portrait : une sorte de vagabond céleste comme il y en a eu à toutes les époques et sous toutes les constellations. Il n'appartient ni à son temps ni à sa culture, il appartient à la Nature qu'il sillonne en cherchant à vivre en « perpétuel état de poésie » selon le mot de Novalis. En fait, c'est dans un poème de Goethe que j'ai trouvé cette mention du wanderer : « un voyageur émerveillé, perdu dans le royaume de ses rêves ». D'où vous vient cette vocation de wanderer ? La volonté de découvrir le monde, ses paysages, la nature ; le goût de la poésie et l'amour des mots ; ou le besoin de s'affranchir d'une « civilisation » artificielle et dénaturée ? Ce qui me fascine dans le monde qui m'entoure, c'est la diversité du vivant, c'est-à-dire l'imagination et l'énergie dont fait preuve la Nature pour exprimer le principe de la vie. En d'autres termes, ce que j'aime dans l'albatros, c'est qu'il ne ressemble pas à la fraise des bois. La vie a colonisé tous les milieux. Il y a même une pauvre petite bête qui vit depuis des centaines de milliers d'années DANS la glace ! Elle s'appelle le tardigrade. Qui s'en soucie ? Ce que je veux dire par là, c'est que les âmes curieuses, celles qui vibrent au chant du monde, ne peuvent jamais s'ennuyer ni désespérer totalement car il y a partout matière à découvrir une forme de vie. En résumé, la contemplation des lichens et des passereaux guérit la très légère misanthropie que je sens gagner en moi lorsque je regarde le monde et mon miroir. Dans le Petit traité, je recense les périls qui menacent la biodiversité et je chante les nouveaux espaces d'exploration qui s'ouvrent aux chercheurs. Marche, poésie et curiosité sont les ingrédients de votre parcours. Votre récit rappelle le sonnet « Ma Bohème » de Rimbaud. Est-ce un hymne à la liberté, à la simplicité, à la vérité retrouvée ? J'aime la référence à « Ma Bohème », sauf que lorsque je suis en voyage, je suis maniaque et je ne partirai pas avec des poches trouées. La liberté, la simplicité, la vérité... Quel programme de vie ! Il me semble que ces belles bannières-là claquent mieux aux vents des pistes que dans les courants d'air des villes. Propos recueillis par Jérome F. Goudeau
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