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MARDI À PUERTO-AZÚCAR - Jean-Luc COATALEM

MARDI À PUERTO-AZÚCAR

Jean-Luc COATALEM



Revue de Presse

« Ulysse Rubirosa Junior essaya bien de monter un garage d'automobiles de luxe à Montevideo, fit un crochet à Lima où il vendit peu et mal des machines à coudre Singer, enfin s'installa dans un galetas à Asunción, féru de littérature, citant Pétrarque et Aristophane de mémoire. Devenu libraire-bibliophile en chambre à Santiago, quartier de Los Condes, il aurait tenté de fourguer à prix d'or un manuscrit de dix-sept poèmes scatologiques de Robert Louis Stevenson, une photo de Jules Supervielle applaudissant, une boîte de fer contenant douze mégots fumés par Conan Doyle, et un éternuement de Somerset Maugham plié dans une serviette brodée du Ritz. Sans succès. "Tout cela est-il exact ?" lui demanda-t-on un jour lors d'un dîner à l'Imperial Club de Puerto-Azúcar. »

Bien que très attaché à la Bretagne, votre berceau familial, vous êtes un insatiable voyageur. Est-ce le besoin de partir pour mieux revenir ensuite ? Ou le monde est-il plus beau, ailleurs ?

Sans doute que, par appétit naturel, parfois presque de la boulimie, il m'aura fallu aller voir ailleurs... si j'y étais ! Le voyage se fait évidemment dans les deux sens et sur les deux rythmes : le départ et le retour. L'un éclaire et nourrit l'autre. Et puis qu'y a-t-il de mieux qu'apparaître, de disparaître ?

La mélancolie n'est pas non plus négligeable... Le regret est un formidable carburant. C'est sur ce terreau-là finalement que l'on écrit. Le monde passe sans nous.

Écrire, c'est tenter de retenir un peu tout cela. Et jouer en même temps avec sa propre disparition.

Derrière Puerto-Azúcar, on devine Valparaiso dont vous vous êtes inspiré. Mais qui se cache derrière Ulysse Rubirosa Jr ? Vos personnages sont-ils purement fictifs ou les peignez-vous à partir de souvenirs de rencontres ?

J'ai l'âme collectionneuse. Des villes, des lieux, des écrivains. J'ai aussi mes marottes personnelles, figures récurrentes, comme un peintre a ses teintes ou ses motifs préférés.

Par exemple, ce truculent bonhomme gros de ventre et fort en gueule (Ulysse Rubirosa Junior), sorte de monsieur Loyal à l'entrée d'un cirque invisible, qui m'avait marqué enfant à Tahiti par sa faconde, son invention, ou ce Robinson d'infortune, puant barbu, exilé sur son atoll de l'océan Indien, machônnant des boîtes pour chat, sont des ombres tutélaires que j'ai plusieurs fois réaccommodées à ma sauce, dans Capitaine, dans Jolie mer de Chine ou dans Zone tropicale. Elles vieillissent à mes côtés et je leur assigne autant de partitions et de masques qu'il m'est nécessaire.

Parlant d'elles, je ne parle que de moi. Je crois qu'un écrivain gravite toujours autour des mêmes thèmes ‑ et donc des mêmes figures. Kundera a très bien expliqué que le romancier reste déterminé par un cercle magique de quelques énigmes existentielles qui le hantent, et qui sont sa raison même d'écrire.

Il est question d'une prochaine adaptation en bandes dessinées de Mardi à Puerto-Azúcar. Comment se passe votre collaboration avec Jacques Loustal ? Partagez-vous la même passion du voyage ?

Je ne suis pas certain encore à ce jour que Mardi à Puerto-Azúcar soit la base d'un troisième album avec Loustal. Je le souhaite. C'est lui qui décidera. Il semblerait que oui. Et Casterman, notre éditeur, se montre déjà partant. On parle d'un album pour fin 2006 ou début 2007. Reste que c'est Loustal qui dessine et se chargera du gros œuvre de l'adaptation...1

Notre collaboration se passe très bien. Il a toujours le final cut et moi je râle en amont et en aval. Mais il lui arrive de m'écouter et de rebrousser chemin. Ce sont alors les planches que je préfère !

Nous avons la même passion du voyage (nous avons été ensemble au Sénégal et en Mauritanie) en ce sens que celui-ci, dans le meilleur des cas, nous nourrit et nous leste, nous creuse et nous éblouit. Ce n'est pas si mal. Je suis prêt chaque semaine à recommencer. Avoir envie, c'est être en vie.


Propos recueillis par Jérome F. Goudeau

1 Site web de Jacques Loustal : www.loustal.net

Parution :14 avril 2005
Collection :Romans
Numéro éditeur :17
ISBN :2-84990-022-2
Pagination :80 pages
Dimensions :12 cm x 19 cm
Poids :95 g
Prix éditeur :12 €