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LES ENFANTS DE LUNE - Frédéric H. FAJARDIE

LES ENFANTS DE LUNE

Frédéric H. FAJARDIE



Revue de Presse

« Très élégant dans son smoking, Giacinto le fut également dans la manière vive et précise dont il introduisit le chargeur.

Un silence profond dura deux ou trois secondes, chaque invité tentant de lire son avenir sur ce visage inexpressif où l'on percevait cependant quelques traces de plaisir ou de soulagement, comme lors de l'accomplissement d'un geste trop longtemps retenu. Puis, méthodiquement, sans la moindre hâte, Giacinto ouvrit le feu, s'étonnant à peine de l'éclatement des crânes ou de l'explosion des cœurs. »

Les enfants de Lune, c'est l'enseigne d'un drôle de troquet, dans la banlieue nord, qui ressemble à un wagon désaffecté.

C'est aussi le nom de trois amis qui ressortent leur pistolet-mitrailleur pour sauver l'un d'entre eux qui, un soir, crut pouvoir épurer la société.

Près de vingt ans après son écriture et sa première parution, Les enfants de Lune est réédité. Pourquoi ce roman ? Quelle place occupe-t-il dans votre œuvre ?

Les enfants de Lune, c'est le dernier titre de ma première période de romans noirs. Je n'en ai plus écrit jusqu'à Patte de velours, en 1994. Soit huit ans de silence après une décennie entièrement consacrée aux romans noirs et aux nouvelles. Noires aussi !

À cette époque, j'étais un peu lassé par tout ce qui se faisait dans le roman noir autour de moi. L'engouement pour ce genre littéraire, l'effet de mode, avaient provoqué un glissement non qualitatif.

J'avais le sentiment que, tôt ou tard, il faudrait que je fasse une halte, que je passe à autre chose. Je me suis donc tourné vers une autre forme de littérature, ce qui m'a permis d'écrire des ouvrages tels que Au bord de la Mer blanche, Des lendemains enchanteurs ou encore Un homme en harmonie.

Depuis, j'ai à nouveau écrit quelques romans noirs, dont Full speed ‑ également publié aux Éditions des Équateurs ‑, mais Les enfants de Lune est le roman qui clôture ma période « noire » la plus prolifique.

Avec le recul que vous avez aujourd'hui, réécririez-vous un roman noir comme celui-ci ? Que changeriez-vous dans l'intrigue, dans la narration ?

Aujourd'hui, je ne sais pas si j'aurais envie d'écrire un roman comme celui-là. Le contexte n'est plus le même. Il s'inscrivait bien dans l'époque du désenchantement des années '80 : les années fric, les années Jack Lang... Les années bidon.

Si je devais le réécrire, je pense que je le ferais différemment. Parce que ‑ et c'est sans doute le plus grave ‑ j'ai vu tellement pire depuis...

On pourrait dire que ce roman est une strate dans cette espèce de glissade de la société vers la camelote.

Ce titre compte en effet parmi les plus sombres ‑ si l'on peut dire ‑ de vos romans noirs. Une ode à l'amitié et à la loyauté, dans un contexte violent, désespéré et sans concession. Ces valeurs sont-elles toujours d'actualité ?

Il est en effet très noir. Mais moins cependant que le plus noir de tous : Querelleur.

À l'époque, j'en étais encore à penser que ce pouvait être didactique de montrer que, pour les gens que j'estimais, il n'y avait pas de place dans la société. Aujourd'hui, c'est une évidence.

Les enfants de Lune sont des rebelles. Mais pas à la façon de Florent Pagny et autres gnomes insignifiants. Ce sont des individus que la société ne reconnaît pas.

Cela étant, je pense que l'amitié, la loyauté et la fidélité sont hors des modes et du temps. Et ce sont des valeurs qui s'expriment d'autant mieux que la cause est désespérée. C'est en ce sens qu'à mon avis, elles sont toujours d'actualité.

Avec le temps, je comprends mieux pourquoi des jeunes viennent me dire aujourd'hui que dans leurs lycées, ces livres-là étaient pour eux des « pôles de résistance ». Pour mémoire, nous n'étions guère nombreux à tenir contre vents et marées... et paillettes.


Propos recueillis par Jérome F. Goudeau

Parution :3 février 2005
Collection :Romans
Numéro éditeur :14
ISBN :2-84990-016-8
Pagination :144 pages
Dimensions :13 cm x 20,5 cm
Poids :170 g
Prix éditeur :12 €