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LE SECRET DES VIKINGS - Joël SUPÉRY

LE SECRET DES VIKINGS

Joël SUPÉRY



Revue de Presse

Le secret des Vikings a été bien gardé.

Dès le VIIIe siècle, ces envahisseurs venus du Nord se sont appliqués à brouiller les pistes. Stratèges de premier ordre, ils n'ont cessé d'entretenir le doute sur leurs véritables intentions. Ils ont ainsi induit en erreur les chroniqueurs de l'empire carolingien et, à leur suite, l'ensemble des historiens.

En s'appuyant sur des sources jusqu'alors négligées, Joël Supéry mène une enquête passionnante qui lève le voile sur le mystère des invasions scandinaves. Il révèle que ces navigateurs, loin d'être des « barbares » indisciplinés, obéissaient à un commandement unifié. Leur objectif n'était pas le pillage des monastères carolingiens, mais la conquête de la Gascogne et, au-delà, le contrôle du commerce méditerranéen. Pères de l'Europe marchande, les hommes du Nord ont contribué au réveil économique de l'Occident.

Joël Supéry nous apprend également qu'ils sont à l'origine d'une illustre dynastie, celle dont sera issu le plus populaire des rois de France, Henri IV.

Enfin, cet ouvage éclaire d'un jour nouveau l'histoire de l'Aquitaine, pièce maîtresse de la stratégie viking. Sédentarisés dans cette région depuis le IXe siècle, les Scandinaves ont fondé les ports de Capbreton, Bayonne ou encore Biarritz.

Dévoilant une part cachée de l'histoire européenne, Le secret des Vikings fait voler en éclat nos certitudes et ouvre des pistes de recherche inattendues.

Votre ouvrage est révolutionnaire par rapport à l'image des Vikings que l'on a généralement. Quelles révélations apportez-vous sur l'Histoire de ces guerriers venus du Nord ?

Jusqu'à aujourd'hui, les Vikings qui s'acharnèrent contre le monde carolingien étaient regardés comme des pillards indisciplinés qui attaquaient au gré de leurs envies dans un but purement crapuleux : le pillage des monastères.

Dans cet ouvrage, j'explique que la première vague d'invasion de 834 à 866 est une véritable guerre. Les Vikings ‑ les Danois en l'occurrence ‑ sont une armée avec un commandement unifié et une stratégie.

L'objectif des Vikings n'est pas le pillage, source de revenus pour le moins éphémères, mais quelque chose de bien plus durable : le commerce. Les Danois cherchent à rejoindre le centre du commerce international : la Méditerranée.

Pour ce faire, ils créent une route commerciale qui longe les rivages atlantiques, installant leurs bases sur les îles françaises. Sur cet itinéraire, ils sont confrontés à deux obstacles de taille : l'empire carolingien et le califat de Cordoue qui n'ont aucune envie de voir ces païens arriver à leurs fins.

Le détroit de Gibraltar, porte de la Méditerranée, est fermement tenu par les Sarrasins installés au sud de l'Espagne, eux aussi commerçants. Les Danois, plutôt que de se lancer dans un bras de fer perdu d'avance à Gibraltar, décident de rejoindre Mare Nostrum en passant à travers la Francie occidentale. En 840, c'est le début des invasions vikings.

Vos recherches indiquent que l'épicentre des invasions Vikings se situe dans le Sud-Ouest de la France. Pourquoi les Vikings ont-ils choisi la Gascogne ?

Pour rejoindre l'Orient, les Danois ne passent pas par la route traditionnelle Bordeaux-Toulouse-Narbonne, trop exposée aux attaques franques, mais optent pour une route plus discrète. Ils décident de franchir les Pyrénées par le col de Roncevaux, rejoignant Pampelune et descendant l'Ebre jusqu'à Tortosa, principal marché aux esclaves de Méditerranée occidentale.

L'embouchure de l'Adour, le fleuve le plus austral de l'empire carolingien, sera la porte d'entrée des Vikings dans le monde franc. La Gascogne est très attractive : arrosée par des fleuves importants (l'Adour et la Garonne), éloignée des centres de pouvoirs carolingiens, désorganisée par les invasions sarrasines du siècle précédent, elle est une proie idéale, d'autant que le conflit entre Charles le Chauve et son neveu Pépin II d'Aquitaine affaiblissent encore les défenses franques.

Aux considérations commerciales qui expliquent cet attrait s'en ajoute une politique : Björn, le chef de l'invasion, n'a plus sa place en Scandinavie et son père lui demande de fonder un royaume outremer. Jusqu'à aujourd'hui, on ignorait sur quel pays Björn avait jeté son dévolu.

La Gascogne ne sera pas seulement une carrefour commercial entre les mondes méditerranéen et atlantique, ce sera la première colonie danoise sur le continent. Elle est en cela la sœur aînée de la Normandie qui n'apparaîtra que 70 ans plus tard. Si les Danois s'acharnent contre la Seine, la Loire et l'Escaut, c'est uniquement pour obliger les Francs à se défendre au Nord du royaume. Tant qu'ils sont occupés à se battre au nord, ils n'ont pas les moyens de déloger les colons danois au sud.

La Gascogne est l'épicentre de la première vague d'invasion entre 834 et 866. Elle le restera pendant la seconde vague d'invasion de 878 à 950.

Vous décrivez les Vikings comme des commerçants voulant ouvrir de nouvelles voies avec Constantinople. En quoi les Vikings sont-ils les pères fondateurs de l'Europe ?

À compter de la colonisation scandinave, la Gascogne cesse d'être un « cul-de-sac », mais devient un carrefour commercial entre les mondes méditerranéen et atlantique.

Nous connaissions le rôle déterminant que jouèrent les Vikings sur les pourtours de la Baltique et de la mer du Nord, façonnant l'identité maritime de l'Europe du Nord. Avec l'installation des Danois au pied des Pyrénées, c'est le Golfe de Gascogne dans son entier, d'un cap Finistère à l'autre, qui bascule à son tour dans le monde scandinave. La Gascogne bien sûr, qu'ils dominèrent pendant un siècle et demi, la Saintonge où ils restèrent quatre-vingt trois années, mais aussi la Vendée, la Bretagne au Nord du Golfe, le Pays basque, les Asturies, la Navarre et probablement la Galice en péninsule ibérique, toutes ces régions passeront sous l'influence maritime et commerciale danoise. Les Espagnols et les Portugais sont, de fait, eux aussi les dépositaires de traditions navales scandinaves, mâtinées bien sûr par les apports méditerranéens.

En fait, l'héritage des Vikings ne se limite pas seulement à l'Europe du Nord, il concerne l'ensemble de l'Europe atlantique du Danemark à Gibraltar. Leur œuvre reste pourtant méconnue car ils ne cherchèrent à aucun moment à fonder une rutilante Europe politique, ils se contentèrent de créer une discrète Europe maritime et commerciale dont le dynamisme allait aboutir à la découverte du Monde à partir du XVe siècle.

Les Vikings ouvrirent au monde une Europe jusqu'alors enfermée sur ses mers intérieures. Ils sont en cela les pères « naturels » incontestables de l'Europe.


Propos recueillis par Jérome F. Goudeau

Parution :28 avril 2005
Collection :Histoire
Numéro éditeur :19
ISBN :2-84990-015-X
Pagination :224 pages
Dimensions :13 cm x 20,5 cm
Poids :265 g
Prix éditeur :19 €