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LA FEMME HAVANE - Jean-Yves MARTINEZ

LA FEMME HAVANE

Jean-Yves MARTINEZ



Revue de Presse

À la dérive depuis de longues années, le français Benoît Garcia a laissé couler dans ses veines le sang noir de Cuba. Il se retrouve confronté à un dissident politique, Alexis Zuñiga, réfugié à l'ambassade de France à La Havane.

Dans un jeu de miroirs, où les femmes et le cynisme se battent en duel, où l'ombre des idéologies éclipse le soleil des paradis perdus, les deux hommes cherchent une issue de secours.

Une intrigue redoutable, un style à vif, La femme havane est une plongée envoûtante dans la société cubaine d'aujourd'hui.

La femme havane est votre premier roman. Quels événements vous ont décidé à vous lancer dans son écriture ?

Lorsque j'ai rompu les ponts avec la France en m'installant à Cuba, à 25 ans, je crois avoir obéi à une sorte de déterminisme familial inconscient, un tropisme de l'ailleurs qui me poussait à chercher « la vraie vie » loin du confort de mes repères culturels et affectifs.

Quand les Cubains me posaient la question de mes racines, du lieu « où je rentrerai nécessairement un jour », je leur répondais sous forme de boutade que « lorsqu'on ne se sent chez soi nulle part, autant aller vivre ailleurs »... L'exil était et reste pour moi la condition essentielle de la quête de soi et de la création.

La préoccupation de l'écriture romanesque m'accompagne depuis mes premières lectures et c'est naturellement que j'ai choisi cette forme d'expression qui colle à ma sensibilité.

J'ai écrit ce premier roman que l'on peut qualifier de « tardif » au terme d'une longue évolution personnelle et professionnelle, à un tournant de ma vie où c'était « maintenant ou jamais ». Ceci dit, je ne nie pas l'existence d'une tentative d'exorciser cette île si complexe qui, faute de vous intégrer, vous envoûte et peut lentement transformer votre « ailleurs » en impasse.

La réalité et la fiction semblent intimement mêlées dans votre roman...

Le plus logique après tant d'années passées sur l'île aurait été que j'écrive un récit, un témoignage ou une thèse, en prolongement de mes travaux de journaliste.

Pourtant, jamais je n'ai eu la prétention de m'ériger en analyste privilégié de la société cubaine. Au contraire, plus j'ai vécu dans l'intimité des Cubains et moins j'ai eu l'impression de les comprendre. Ou plutôt, plus je me suis identifié à eux et moins je me suis autorisé à les juger et à les mettre en fiches.

Ce sont ces doutes et ces errances que j'ai voulu écrire. Il fallait fondre tout cela dans une forme et le roman s'est imposé. Si le narrateur de mon texte est une sorte de double de moi-même, tous les autres personnages le sont alors aussi, par ces jeux de miroirs que seule la fiction autorise.

Vous avez vécu quinze ans à Cuba. Quel est votre regard sur son évolution politique et sociale ?

Cuba n'est plus une île assiégée par l'empire capitaliste mais une planète qui tourne à l'envers, sur un axe qui a été une utopie collective à une époque mais n'est plus aujourd'hui que la soif de pouvoir d'un seul homme.

Tous les Cubains, hormis un dernier cercle d'irréductibles, en sont profondément convaincus et attendent la fin biologique de leur Lider Maximo pour passer à autre chose sans avoir à « tuer le père ».

J'ai vécu de 1986 à 1989 l'époque de la présence soviétique, de la guerre froide et du tout idéologique dans la vie quotidienne, puis l'effondrement du bloc de l'Est et ses conséquences dramatiques sur l'économie de l'île, ensuite l'ouverture aux capitaux étrangers et au tourisme international doublée d'une répression systématique des groupes d'opposants naissants. À aucune de ces époques, je n'ai perçu dans la population l'existence des conditions intellectuelles et matérielles d'un changement de régime. Fidel est un totem que l'on n'abat pas, même en pensée. Son aura de grand gourou omnipotent célébré par la propagande, la force du mythe et la police politique sont là pour vous le rappeler à tous moments. Alors on attend qu'il tombe seul.


Propos recueillis par Jérome F. Goudeau

Parution :18 janvier 2004
Collection :Romans
Numéro éditeur :2
ISBN :2-84990-001-X
Pagination :256 pages
Dimensions :13 cm x 20,5 cm
Poids :240 g
Prix éditeur :18 €