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INFLUENZAAlexandre KAUFFMANN |
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« Il faut du souffle pour enfumer le monde. Je n'ai plus assez de coffre. Pas d'adresse, pas même un numéro de téléphone. Juste des escarres sur le corps. À vingt ans, les raccommodages, les entourloupes, les petits boulots passent encore pour des marques d'indépendance. À trente ans, ces arrangements prennent une tournure pathétique. Je n'ai plus d'excuses à présent. L'univers est devenu raide. » Dans un Paris asséché par de mystérieuses coupures d'eau, un virus inconnu contamine les habitants. Quelle est l'origine de cette peste mortelle ? Influenza est un roman noir et drôle sur l'innocence perdue, les trentenaires précaires, leur culpabilité, leur désœuvrement. Influenza. Pouvez-vous nous expliquer ce titre mystérieux ? C’est le terme scientifique qui désigne la grippe. On parle ainsi d’« influenza » aviaire. Dans ce livre, le terme désigne bien sûr la mystérieuse contamination que propage le narrateur, mais aussi les multiples « influences » qu’il subit, néfastes pour la plupart. Avez-vous le sentiment d’avoir écrit un conte noir et féroce, un règlement de comptes entre amis ou un portrait générationnel ? Le portrait des amis du narrateur n’est pas très flatteur : ils sont désœuvrés, mesquins, paresseux, cyniques. Je me suis inspiré - en particulier pour les détails – de mon quotidien. Certains de mes amis ont ainsi reconnu des choses qui leur appartenaient, mais toujours sur le mode de la plaisanterie. D’abord parce que le narrateur est à mon sens plus cruel avec lui-même qu’avec son entourage. Ensuite parce qu’un principe joue toujours dans l’esprit du lecteur : « Qui se reconnaît se dénonce ». Principe d’une grande perversité ! Enfin, les scènes burlesques du livre sont destinées à « racheter » le regard sévère du narrateur sur son entourage et son époque. Au final, j’ai le sentiment – sans doute erroné, puisque l’auteur est « myope » sur son livre - d’avoir écrit une sorte de conte sur la dimension suicidaire de l’égoïsme. Quelle est la portée symbolique de la maladie dans votre roman ? Dans le livre, la portée symbolique de la maladie existe bien sûr, mais elle appartient au lecteur. Je crois que cette dimension symbolique doit rester vague et plurielle, sans quoi elle deviendrait lourdement démonstrative. Propos recueillis par Olivier Frébourg
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